Dans cette vidéo, je vous parle des cinq plus grandes peurs des managers. Pour les identifier, nous avons interrogé une trentaine de managers et manageuses de tout niveau, dans différents secteurs.
On pourrait penser que les managers et les manageuses sont nécessairement des hommes et des femmes dotés d’une grande confiance en soi, mais c’est oublier le fait que, la plupart du temps, nous ne sommes pas préparés à devenir manager. Très peu de managers ont suivi des formations, comme HEC en France ou ICHEC en Belgique. La plupart du temps, ce qui se passe, c’est que vous avez de l’expérience, du métier, de l’ancienneté et, à un moment donné, on vous propose des responsabilités. Cela ne se refuse pas, c’est gratifiant et, souvent, tout cela s’accompagne d’une augmentation de salaire. Mais les compétences techniques et l’expérience de terrain pour lesquelles on vous a choisi ne vont pas suffire dès lors qu’il s’agira d’exercer efficacement cette nouvelle fonction de manager. Vous allez devoir acquérir de nouvelles compétences, non pas techniques, mais plutôt relationnelles et psychologiques : parler en public, motiver votre équipe, prendre des décisions, trancher des conflits, rappeler à l’ordre un collaborateur improductif… voilà ce qui vous attend dans l’arène des managers. Et ces capacités, ces nouvelles situations, peuvent s’accompagner de certaines peurs : la peur de parler en public, la peur de prendre la mauvaise décision, la peur de manquer de charisme, de manquer d’autorité, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de déplaire, d’être impopulaire.
Les confidences des managers
J’en sais quelque chose parce que j’ai eu l’occasion, ces deux dernières années, d’accompagner toute une série de managers, des hommes et des femmes, allant du responsable d’une petite équipe de deux ou trois personnes jusqu’au top manager amené à diriger des centaines de personnes. J’ai aussi coaché des « leaders », c’est-à-dire des personnes qui ne sont pas forcément amenées à diriger des équipes, mais qui ont un pouvoir d’influence, un pouvoir de décision important, et sont très exposées. D’ailleurs, je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit sur cette chaîne, mais ce thème de la confiance en soi et du management m’intéresse tellement que j’ai écrit un livre à ce sujet. Il s’agit de « Manager faites-vous confiance ! – Pour un management serein, empathique et inspirant« , publié aux Editions GERESO. Dans la phase de préparation de ce livre, j’ai eu l’occasion d’interroger près d’une trentaine de managers et de manageuses, que je remercie pour la confiance qu’ils m’ont faite en partageant leurs peurs et les difficultés qu’il rencontre. Je trouve cela toujours très courageux de s’avouer ses peurs, même si, dans le cas des managers, il s’agit rarement de grandes peurs, mais plutôt d’appréhensions. Mais des appréhensions parfois suffisamment présentes que pour empêcher le manager d’oser prendre la bonne décision à ses yeux et de l’assumer. Parfois aussi, on observe une sorte d’hyper vigilance, très fatigante, qui va générer un stress chronique chez le manager. Le stress chronique du manager qui, à son tour, peut engendrer des problèmes de santé. Parfois, le manager éprouve aussi des difficultés à équilibrer la vie professionnelle dans laquelle il est très investi avec la vie privée, la vie de couple, la vie de famille. Parfois aussi, il y a la tentation de l’alcool, en fin de journée, pour maintenir la cadence. Mais toutes ces stratégies qui reposent en réalité sur une tension ne sont pas viables à long terme. C’est bien plus intéressant d’apprendre à gérer son stress, gérer ses émotions, gérer les relations, gérer cette part d’incertitude inévitable qui entoure chaque décision.
Douter, c’est bien… mais pas trop
Le manager confiant va pouvoir rester assertif face à une décision, même si, en arrière-fond, il lui reste quelques doutes. Et douter, c’est bien !, comme nous l’enseigne cette très belle étude menée par la Stanford Graduate School of Business, une grande étude menée sur un échantillon de 69.000 managers, qui ont été évalués par leurs collègues. Au total, c’est pratiquement un million de personnes (750.000 employés) qui ont évalué leurs managers respectifs. Et cette étude nous enseigne que les managers qui ont tendance à sous-évaluer leurs compétences sont, au final, les plus appréciés ! A l’inverse, les managers convaincus d’être excellents reçoivent les pires évaluations. Donc vous voyez, c’est important de garder des doutes, d’adopter une position humble, même en tant que manager. Mais il ne faudrait pas pour autant se noyer dans le doute. A certains moments, même dans le brouillard, il faut pouvoir choisir un cap et prendre une décision.
Alors quelles sont les cinq principales peurs que les managers m’ont confiées ?
1. La peur de parler en public
Une toute première peur qu’on rencontre chez les managers, et chez beaucoup d’autres personnes d’ailleurs, si ce n’est que les managers vont y être très exposés, c’est la peur de parler en public. Et derrière cette peur, il y a la peur d’être exposé au regard des autres, la peur de manquer de charisme, la peur d’être débordé par son trac, débordé par nos émotions et la peur que les autres le voient. Certains managers m’ont confié qu’il est très déstabilisant de se montrer fragile alors qu’on a l’impression de devoir montrer l’exemple et être fort. Parfois aussi, la peur de manquer de répondant, la peur de ne pas trouver la réplique lorsque nous sommes questionnés, interpellés. Donc voilà une première peur très fréquente chez les managers : la peur de s’exposer à une prise de parole en public.
2. La peur de déplaire
Une deuxième peur, présente chez certains managers, est la peur de déplaire ou d’être impopulaire. Personne n’aime être critiqué tout le monde veut que tout le monde l’aime, comme dit la chanson, mais en tant que manager il est nécessaire de prendre des décisions parfois difficiles et pas nécessairement populaires. Comme disent les Anglais, « no one kicks on a dead dog », personne ne frappe un chien mort. Plus vous êtes dans une position à responsabilité, plus vous êtes dans une position élevée, plus vous allez être critiqué. C’est dans la nature des choses. Il vaut mieux s’y attendre et s’y préparer. Dans sa version la plus douloureuse, la peur de déplaire peut devenir la peur de perdre des amis qui sont parfois des anciens collègues, la peur de se brouiller avec certaines personnes, la peur de se retrouver complètement isolé, voire détesté.
3. La peur de ne pas être à la hauteur
Une troisième catégorie de peur est plutôt liée à la performance. Il peut s’agir de la peur de prendre une mauvaise décision, qui engage toute l’entreprise, la peur de ne pas être à la hauteur des défis, la peur d’échouer à atteindre les objectifs. Et ces peurs sont en général accompagnées d’un stress, lié aux attentes de performance. Ce qui est particulièrement difficile, vous vous en doutez, pour les managers, c’est d’être pris en étau entre ces peurs. Par exemple en étau entre la peur de ne pas être assez performant et la peur de déplaire à son équipe. Très souvent, les managers sont pris en tenaille entre leur équipe qui revendique le bien-être au travail et les commanditaires, les actionnaires, les administrateurs qui, eux, vont avoir tendance à presser le citron de la performance.
4. La peur de perdre son autorité
Une quatrième peur que nous avons listée, c’est la peur de ne pas parvenir à faire preuve d’autorité, la peur de perdre son autorité, la peur de subir une rébellion dans l’équipe. Vous savez, un peu comme un un professeur qui ne maîtriserait plus sa classe. Nous avons tous connu cela et, pour certains managers, et surtout certaines manageuses, c’est vraiment une très grande peur.
5. Les peurs identitaires du manager
Enfin, la 5e catégorie de peur a trait à ce qu’on pourrait appeler les peurs identitaires du manager. On y retrouve le fameux « syndrome de l’imposteur », lorsque je me dis que je n’ai pas ma place comme manager, je ne suis pas légitime, tôt ou tard on va démasquer mon incompétence. Mais les peurs identitaires, ce peut-être aussi par exemple la peur de prendre l’ascenseur social : je suis fils d’ouvrier, je me retrouve dans le top management et je suis mal à l’aise parce que je j’ai l’impression de ne pas avoir les codes, notamment les codes comportementaux du milieu auquel j’accède. Être une femme manager est aussi parfois un véritable défi. Dans notre culture, le management reste un univers assez masculin et, dans mon livre, j’ai notamment parlé du témoignage de Kathy, manageuse dans le secteur bancaire, qui partage des difficultés à se retrouver face à ses pairs managers masculins et être confrontée parfois à des attitudes machistes.
Voilà donc les cinq peurs principales que de vrais managers et manageuses m’ont confié : la peur de parler en public, la peur de déplaire, d’être impopulaire, la peur de ne pas atteindre les objectifs, la peur de manquer d’autorité et, enfin, les peurs identitaires qu’on vient d’évoquer.
Partagez donc vos expériences, si ces peurs vous parlent 😉

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