Votre timidité est-elle handicapante ?

Une certaine dose de timidité est normale. Il est tout à fait humain de se sentir troublé à l’idée de monter sur les planches, de parler dans un micro ou de déclarer sa flamme à celle ou celui qu’on aime. De même qu’il est naturel de se tenir légèrement en retrait dans un groupe qu’on ne connaît pas. La timidité ne devient problématique que lorsqu’elle s’installe et engendre une souffrance ou un handicap quotidiens.

Il importe de distinguer différentes notions :

1. Le trac : C’est cette appréhension qui vous prend quelques minutes avant de réaliser une performance. L’émotion est intense mais brève. Le trac est lié à une situation précise (donner une conférence, chanter en public, passer à la télévision, etc.) et disparaît lorsque le sujet entre dans l’action. Le trac est un phénomène normal, que certains acteurs et chanteurs connaissent parfois même après des années de métier.

2. L’intimidation : C’est ce malaise ressenti dans certaines situations en présence d’autres personnes, qui vous paralyse, vous fait rougir, vous donne envie de fuir ou vous empêche d’être vous-même. Une crise d’intimidation peut être plus ou moins intense, mais elle est toujours passagère.

3. La timidité : Il s’agit ici non plus d’une émotion accidentelle mais d’un trait de caractère. La timidité est une attitude persistante de retrait ou de fuite, par peur de l’intimidation. La timidité n’est pas une maladie. Elle ne se range pas au rayon des troubles psychiatriques majeurs. On y survit. Mais le mal-être qu’elle engendre mérite qu’elle soit prise au sérieux.

4. La phobie sociale : Lorsque l’anxiété sociale atteint une intensité extrême, ponctuée d’attaques paniques complètement disproportionnées par rapport au danger réel, on parle alors de phobie sociale. La phobie sociale touche 3 à 5% de la population. Elle nécessite de se faire aider par des spécialistes. Le timide n’est pas un schizophrène, car il désire fondamentalement entrer en contact avec l’autre. Le timide n’est pas un paranoïaque, car il sait qu’il est lui-même, en grande partie, responsable de son trouble.

À partir de quand la timidité doit-elle être traitée ?

La frontière est très subjective entre le normal et le pathologique. Voici quelques critères qui peuvent vous aider à faire la différence entre une timidité bénigne et une anxiété sociale problématique :

1. Vous êtes sujets à des crises de panique, impliquant une perte de contrôle. Par exemple un tremblement incontrôlé ou des absences lorsqu’on vous parle.

2. Votre angoisse vous poursuit même en dehors de toute menace : vos crises d’intimidation précédentes vous hantent ; vous craignez de faire face à de nouvelles situations sociales anxiogènes de sorte que vous avez tendance à les éviter.

3. Votre vie est influencée par votre timidité. Par exemple : vous avez peu d’amis, vous vous faites marcher sur les pieds, votre sexualité est pauvre, votre carrière professionnelle est freinée, etc.

Si vous vous sentez concernés ne serait-ce que par un de ces trois points, nous pensons que votre timidité mérite d’être traitée. En tout état de cause, c’est surtout à vous qu’il incombe d’estimer votre niveau d’handicap ou d’inconfort.

Notez que les professionnels ont mis au point, ces dernières années, toute une série d’échelles d’évaluation de l’anxiété sociale : auto-évaluation, hétéro-évaluation, observations comportementales, questionnaires portant sur les aspects cognitifs ou émotionnels, etc.

Pour une approche comparative des grilles d’évaluation professionnelles, vous lirez en particulier l’ouvrage de Gisèle George et Luis Véra mentionné ci-dessous.

Faut-il vous faire aider ?

Si vous avez un travail, des amis, que vous ne vous sentez pas spécialement déprimé, que vous ne vous réfugiez pas dans l’alcool, que votre angoisse n’atteint que très rarement le stade de la panique, qu’elle diminue avec la répétition des contacts,… il est probable que vous soyez à même de faire un travail sur vous-même, sans nécessairement vous jeter dans les bras d’un psy. C’est avec cette conviction que nous éditons ce dossier.

Toutefois, si vos efforts s’enlisent et que votre angoisse s’accroît, n’attendez pas trop longtemps pour en parler à un psychologue ou à votre médecin traitant. Les thérapies cognitives et comportementales, en particulier, ont prouvé leurs effets bénéfiques auprès des personnes timides.

Pour en savoir plus

ANDRÉ Christophe et LÉGERON Patrick, La peur des autres — Trac, timidité et phobie sociale, Editions Odile Jacob, Paris, (1995) 2003, pp. 101-160.

GEORGE Gisèle et VÉRA Luis, Soigner la timidité chez l’enfant et l’adolescent — Approche comportementale et cognitive, Dunod, Paris, 1999, pp. 29-68.

MACQUERON Gérard et ROY Stéphane, La timidité — Comment la surmonter, Odile Jacob, Paris, 2004, pp. 67-82.

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Commentaire(s)

  1. Bonjour,

    Je viens de lire votre article et je le trouve tres interessant.Actuellement je fais face a un probleme de communication avec mon entourage et je pense que cela est du a ma timidite, mon epoux m’a conseille de lire des ouvrages la dessus et c’est comme cela que je suis tombee par hasard sur votre article, il m’a permis de me reconnaitre dans plusieurs niveaux et situations. Je vais commencer a suivre vos conseils et techniques tout en esperant que cela m’aidera a ameliorer ma situation

    Commentaire by Zenab — 11 septembre 2015 @ 6:05

  2. @ Zenab : Merci pour votre message et bonne chance dans votre démarche vers plus de confiance en vous !

    Commentaire by Jean-Marc Hardy — 14 septembre 2015 @ 8:37

  3. Je dirais que je fais partie de ceux qui ont le trac, l’intimidation et la timidité en eux. Etant au lycée, je dois passer des oraux, par exemple pour des exposés, au moment de passer à l’oral, je tremble de partout surtout aux jambes et mon cœur bat très très vite. Mes amies ne se connaissent pas forcément et la majorité (4) a déménagé, il ne m’en reste plus que 3. Parfois, j’ai l’impression que ma mère ne me fait pas trop confiance pourtant je ne suis pas une fille à problèmes, je suis plutôt sage (à l’école). Je n’ai pas le droit de sortir surtout quand elle ne connaît pas mes amies, mais je reste tout le temps enfermée dans ma chambre avec de la musique. Le seul moment où on peut sortir, c’est quand on est en famille. Je suis aussi plutôt du genre à me laisser marcher dessus; comme je suis quelqu’un qui a très souvent même plutôt tout le temps de bonnes notes, une fois, une fille m’a demandé la réponse à une question (on était interrogé à l’oral) alors je lui ai donné mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle donne la réponse. Depuis, pour des moments comme ça, je me tais. Ça m’arrive de répondre à l’oral mais j’ai l’impression que plus je grandis, plus ma timidité et mon trac grandissent aussi.

    Commentaire by Ludivine — 7 novembre 2015 @ 4:34

  4. Bonsoir. Je vous remercie beaucoup pour vos travaux. Au moins, ça me permet de comprendre ce qui m’arrive. Cependant, j’ai une question : moi, je suis timide et ma vie est influencée par la timidité. J’ai peu d’amis, une sexualité pauvre. Des périodes, pas tout le temps. Et ce n’est pas ça qui m’inquiète, mais je ne me fais pas marcher sur les pieds. Pour revenir à ma question : comment dois-je faire pour ne pas trembler ? Parce que plein de fois, je force sur moi ! Et j’essaie de parler et me comporter normalement, mais à chaque fois, je commence a trembler beaucoup (les mains, la tête et la voix) et ça se remarque. Merci de me répondre.

    Commentaire by bonobo — 18 janvier 2016 @ 3:45

  5. @ Bonobo : Merci pour votre question. Je dois quand même commencer par vous dire que je ne suis ni médecin ni psychologue, ce qui ne me donne pas de légitimité scientifique à vous conseiller. Le tremblement est très inconfortable, c’est vrai. Il crée un traumatisme. Une sorte de « peur d’avoir peur » qui vous fait perdre confiance. Mais en lui-même, il n’est qu’un symptôme, une expression de votre malaise. C’est ce malaise qu’il faut essayer de percer. Et vous y arriverez. Notamment en réfléchissant sur l’origine de votre timidité. Si votre malaise est prononcé, nous vous conseillons toutefois de consulter un psychologue. Les techniques de relaxation (la sophrologie, par exemple) peuvent aider.

    Commentaire by Jean-Marc Hardy — 4 février 2016 @ 2:25

  6. Bonjour,
    J’ai 14 ans et je suis en 3eme. Je suis très timide depuis que je suis toute petite. Ma timidité me pousse à me cacher des autres, voire même à avoir peur de mon environnement. Parfois j’ai un peu envie d’aller de l’avant, de parler aux autres, mais ça me semble impossible. Et même dans ma classe je n’ose pas parler aux autres, ce qui est assez handicapant car lorsque nous devons travailler en groupe, je n’ose pas parler aux autres et quand ils me parlent pour me demander mon avis ou autre, je deviens plus rouge qu’une tomate et la seule chose qui sort de ma bouche ne sont que des gémissements affirmatifs ( »hmhm » pour un  »oui » en gros…)! Je n’ose même pas dire « non » alors que j’en ai envie car j’ai peur de ce que les autres vont penser de moi si je n’ai pas le même avis… Et lorsque je passe à l’oral, mes jambes tremblent et j’ai l’impression que je vais s’évanouir si ça dure plus longtemps… J’ai toujours peur du regard des autres et je sens que si je fais ne serait-ce qu’un pas de travers, tout le monde rejettera la faute sur moi, comme un équilibriste sur son fil qui perdrait l’équilibre et que tout le monde lui jetterait des pierres pour le pousser à tomber… J’aimerais avoir vos conseils pour m’aider à être moins timide car si je continue dans cette voie là pour mon futur, je ne risque pas d’aller bien loin…
    Merci d’avance pour votre compréhension.

    Commentaire by Eryn Bordez — 12 mars 2017 @ 8:13

  7. Bonjour Eryn.
    Votre témoignage est magnifique. La comparaison avec l’équilibriste sur son fil qui perdrait l’équilibre et à qui tout le monde jetterait des pierres est tellement juste pour exprimer le ressenti du timide. Cela ne correspond pas à la réalité (le regard des autres n’est pas, en réalité, aussi menaçant que ce que vous ressentez), mais cela décrit parfaitement bien ce que vous ressentez.
    Chaque histoire est individuelle, et pour prendre confiance en vous, il faut chercher en vous et dans votre histoire de famille, d’où vous venez, ce qui vous a éventuellement traumatisé, qui vous désirez être, etc. Il n’y a pas de réponse unique. Mais tout de même un conseil qui convient à pratiquement tout le monde : exposez-vous aux autres même si vous avez peur (le fait de fuir ou se cacher augmente la peur et la perte de confiance)… et si vous souffrez trop et trop longtemps, faites-vous accompagner par un(e) psychologue, c’est leur métier de vous aider à prendre confiance en vous.
    Bonne chance !
    Jean-Marc

    Commentaire by Jean-Marc Hardy — 14 mars 2017 @ 1:14

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