Le cerveau du timide : où en est la recherche ?

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Y a-t-il une différence entre le cerveau d’une personne timide et le cerveau d’une personne socialement désinhibée ? Les études sur l’activité cérébrale des timides se multiplient, ces dernières années, au sein des laboratoires de recherche du monde entier. Le champ d’étude est complexe et loin d’être maîtrisé dans tous ses détails. Mais la grande majorité des scientifiques s’accordent pour dire que oui, le cerveau du timide présente des différences significatives.

Elliott Beaton, un chercheur de l’université de Dalhousie, et ses collègues ont sélectionné, au sein d’un échantillon d’une centaine d’étudiants, les 12 personnes les plus timides et les 12 personnes les moins timides, afin de comparer l’activité cérébrale de ces deux échantillons extrêmes de la population en matière d’inhibition.

Le cerveau du timide réagit davantage aux stimulis visuels

Des photographies ont été montrées aux participants à l’étude, qui devaient identifier le plus vite possible s’il s’agissait d’hommes ou de femmes. Les visages exprimaient des émotions variées : la peur, la joie, la colère, le dégoût, la tristesse.

Elliott Beaton a observé la chose suivante : les mêmes zones cérébrales s’activent chez toutes les personnes, mais chez les timides, certaines zones sont en suractivité (le cortex préfrontal médian pour la tristesse ainsi que le gyrus frontal inférieur et l’insula pour la joie). Il semble que le cerveau du timide soit globalement plus actif que la moyenne ! Pour dire les choses autrement : le timide souffre d’une réactivité excessive aux émotions exprimées sur les visages.

Activité cérébrale des personnes timides

Source de l’image : Pixabay

Le magazine Social Cognitive and Affective Neuroscience indiquait, en 2010, que les personnes timides accordent plus d’attention aux détails et mettent plus de temps à prendre une décision. Certaines études antérieures faisaient déjà une corrélation entre la sensibilité et le comportement timide ou introverti.

Est-ce un handicap d’être sensible?

Selon les biologistes, la sensibilité n’est absolument pas une défaillance. Au sein de plus de 100 espèces animales, les individus identifiés comme « sensibles » auraient plus de chances d’éviter les situations dangereuses et feraient preuve d’une plus grande ingéniosité pour trouver des solutions de secours. Les sensibles développeraient ainsi l’art de la fuite, de l’anticipation et de l’alternative. Ces qualités sont très utiles pour sauver sa peau, lorsqu’on est un animal, mais entre êtres humains, le danger perçu est parfois sans fondement ! Le timide va enclencher une stratégie de protection ou une stratégie de fuite, alors qu’aucune menace réelle ne pèse sur lui.

Certains chercheurs ont émis l’hypothèse que le cerveau des timides est davantage sujet au stress que le cerveau d’une personne désinhibée. Plusieurs spécialistes soulignent le rôle de la sérotonine, qui aurait une influence sur l’inhibition d’un neurotransmetteur très impliqué dans les troubles de l’humeur.

Une activité trop centrée sur le passé et le futur

D’autres chercheurs ont observé que, chez les grands timides, les zones cérébrales liées à la mémoire et à la planification sont particulièrement sollicitées. A l’inverse, les fonctions liées à la parole semblent sous-utilisées. Tout cela semble logique : le timide focalise énormément sur les moments passés (la mémoire du moindre détail l’ayant traumatisé) et les moments futurs (« Comment vais-je faire pour m’en sortir dans cette situation qui me hante? »). En revanche, il retient sa parole, de peur d’être jugé. Paralysé au présent, hyperactif au passé et au futur, le timide se préoccupe de « Que vont-ils penser de moi après cela ? » ou « Que va-t-il encore m’arriver ? », plutôt que d’entrer en interaction simplement avec le présent.

Est-ce le cerveau qui explique la timidité ou la timidité qui explique le cerveau ? C’est la question de l’oeuf ou la poule. Et elle a du sens en matière de timidité. En effet, autant il semblerait que certaines personnes soient génétiquement plus sensibles, et donc plus sujettes à devenir timides, autant une timidité acquise par l’éducation ou le contexte social va finir par se lire dans l’activité cérébrale ! L’origine de la timidité est probablement un mélange de facteurs sociaux, de facteurs psychologiques et de facteurs physiques.

La sérotonine… mais aussi la dopamine

Selon Tomas Furmark, professeur au département de psychologie de l’université d’Uppsala, nous savons que l’anxiété sociale est liée à une suractivité cérébrale dans la région du cerveau qui gère les peurs, et particulièrement certains dysfonctionnements du neurotransmetteur qu’est la sérotonine. Mais le système de récompense du cerveau, contrôlé par la dopamine, est aussi concerné et fait actuellement l’objet de recherches. Le timide aurait-il besoin, plus qu’une autre personne, de se sentir validé et récompensé dans ses actions ?

La plupart des recherches en la matière reposent sur des « groupes de contrôle », à savoir des échantillons de personnes ayant été préalablement identifiées comme très timides ou très peu timides, et dont on compare les réactions cérébrales. Deux technologies sont exploitées dans ce type de recherche : la tomographie par émission de positrons et l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, qui permettent de dresser une cartographie 3D de l’activité cérébrale.

L’enjeu de ces études est important, notamment sur le plan thérapeutique, où certains traitements médicaux de la timidité pourraient voir le jour.

 

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