Blanche-Neige et les 7 timides

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Et si les 7 nains étaient tous timides, mais avec des masques différents ? Car à y regarder de plus près, la timidité peut prendre plusieurs visages. Une analyse inédite du célèbre conte de Blanche-Neige !

Blanche-Neige et les 7 nains timides

Nain Timide
1. “Timide”

Alors bien sûr, il y a “Timide”, qui rougit, s’entortille, rentre les épaules, les joues gonflées d’une hésitation écarlate. C’est le timide déclaré, démasqué pourrait-on dire par comparaison avec ses compères plus caparaçonnés. L’archétype du timide.

Nain Grincheux
2. “Grincheux”

Vous avez certainement déjà observé un enfant boudeur, qui tente par là d’attirer l’attention ou la compassion pour un désir qu’il n’ose exprimer. Certains adultes aussi se montrent crispés, sur la défensive, bien emmitouflés dans cette négativité qui, peut-être, les rassure. Mieux vaut paraître revêche, penseront certains, que laisser transparaître sa fragilité.

Quitte à avoir peur de déplaire à l’autre, autant lui déplaire tout de suite, comme ça on est quitte ! Mieux vaut masquer son désir dans une moue (avec le secret espoir qu’il soit deviné) plutôt que de clairement s’exprimer, au risque d’être clairement rejeté. Telle est la stratégie du grincheux, souvent vouée à l’échec. Sauf devant une Blanche-Neige qui lira entre les lignes.

Mon propos n’est pas de dire que tous les grincheux sont timides. Loin de là, il existe de mauvais caractères parfaitement assumés. Mais certains grincheux masquent une difficulté à s’affirmer très proche de la timidité.

Nain Joyeux
3. “Joyeux”

Quand elle est naturelle, la joie est un état agréable tant pour soi que pour les autres. Elle est totalement souhaitable, mais on ne peut la maintenir en toute circonstance. L’exacerbation de la joie peut être une forme de masque. A travers la pitrerie, par exemple. Faire le clown est une manière de sortir de sa timidité. J’en ai moi-même usé et abusé étant enfant ou adolescent, préférant trébucher ou me ridiculiser volontairement que de vivre le malaise à adopter une attitude plus assumée.

Même adulte et en en cravate, un jour, au beau milieu d’une assemblée de confrères professionnels qui m’intimidait, je me suis surpris à me jeter à plat ventre dans une attitude burlesque au moment où on sollicitait mon intervention. Cela n’a fait rire personne. Mon geste était déplacé. La joie, l’humour, sont des qualités qu’on ne peut que recommander. Mais faire le pitre, pour mieux échapper à la situation, peut trahir un malaise à s’assumer avec plus de naturel.

Notez l’embonpoint de Joyeux, que Walt Disney a dessiné de manière plus ronde que les autres nains. Manger, boire, s’amuser, acheter des vêtements ou des objets sont des plaisirs joyeux, mais matériels. Leur accumulation ne résout rien. L’avoir ne remplit pas notre Être. Pour prendre confiance en nous, nous devons entamer un travail intérieur.

Nain Prof
4. “Prof”

Prendre un ton ampoulé, adopter une attitude professorale et empruntée peut également masquer une difficulté à être soi au naturel. C’est une manière de “se donner de la contenance”.

En tant que journaliste, conférencier ou formateur, je suis conscient que cela a été un de mes plus gros défis. Et que, à l’heure où j’écris ces lignes, mon épouse ou mes amis s’étonnent encore de me voir parler différemment devant une caméra que dans la “vraie vie”. Rester naturel en situation d’exposition sociale ou professionnelle est un apprentissage.

Ce conseil peut même s’appliquer aux entreprises. Combien d’entre elles n’utilisent-elles pas un ton ampoulé, surfait, pompeux, lissé à travers leurs rapports annuels ou leurs vidéos corporate ? C’est quelque chose que je décortique dans mes formations à la communication sur le web. Les entreprises qui communiquent dans un langage plus simple et plus naturel sont généralement gagnantes.

Nain Atchoum5. “Atchoum”

Est-ce un hasard si Sempé, dans sa magnifique fable intitulée Marcelin Caillou, dépeint la touchante relation entre deux enfants sensibles : Marcelin, timide, et René, qui ne cesse d’éternuer ? Un éternuement qu’aucun médecin ne parvient à guérir, tant il est joliment psychosomatique.

Je me souviens que ma mère toussait systématiquement lorsqu’on abordait un sujet sensible. Elle toussait sans interruption, parfois pendant une minute entière, comme si elle espérait ainsi nous faire oublier la discussion et éviter de devoir prendre position. “Tonton, pourquoi tu tousses ?”

Le bégaiement pourrait également faire partie de cette catégorie. Avec toute mon affection pour un ami algérien atteint de cette difficulté, je rédigerai un jour un article sur le lien entre bégaiement et timidité.

Nain Dormeur
6. “Dormeur”

Plonger dans l’apathie, hiberner, est aussi une manière d’éviter de s’affirmer. Le saviez-vous ? Les personnes qui ont confiance en elles marchent plus vite que les personnes qui manquent de confiance. Etonnant, non ? Confiance rime avec mouvement. Timidité rime avec paralysie et endormissement.

Je me souviens d’un camarade de classe qui, chaque fois que le professeur l’interrogeait, semblait émerger d’un profond sommeil : “Hein, quoi ? Moi ? Euuuh…” Je ne pense pas qu’il était endormi ni paresseux de nature, mais la timidité le coupait du monde. C’est d’ailleurs le plus grand danger que court le timide : rester en léthargie.

Nain Simplet
7. “Simplet”

Dans la version anglaise du dessin animé, Simplet est nommé “Dopey”, ce qui veut plutôt dire “anesthésié”, “comateux”, “stupéfié”, “à moitié endormi”… et par extension, “stupide” ou “abruti”. Ce qui nous amène à une interprétation très différente.

Lors d’une crise de timidité, vous pouvez vous retrouver complètement anesthésié, comme sous l’effet d’une drogue qui vous empêche d’être à 100% réactif : votre posture est ramollie, vos mimiques sont décalées, votre cerveau est embrumé et vos répliquent tardent. Vous pouvez subir des absences et vos réactions sont peu en phase avec votre interlocuteur.

Dans un sens plus profond, on peut dire que le timide est quelqu’un qui s’est oublié. Quelqu’un dans le coma, qui a peur de réveiller et révéler son identité.

 

Cet article n’a pas de prétention psychanalytique. J’ai simplement voulu exploiter le potentiel métaphorique de ce conte, car je trouve que cela fait sens. Précisons que je me suis basé sur la version de Walt Disney, qui date de 1937, et constitue, en réalité, une adaptation d’un conte classique, publié par les frères Jacob et Wilhelm Grimm en 1812. Blanche-Neige et les sept nains est le tout premier film réalisé au sein des studios Disney, le premier long-métrage d’animation sonore de l’histoire du cinéma à avoir été produit en couleurs.

Parmi les ajouts de Walt Disney, le plus important fut l’idée de nommer les nains et de leur donner une personnalité individuelle. Alors que dans le conte classique, les nains restent des personnages indifférenciés. Si le sujet vous passionne, Wikipedia recense de nombreux détails sur les 7 nains de Walt Disney.

Dans son ouvrage Psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim analyse certains aspects du conte dans sa version classique. Il souligne notamment que “les nains sont des hommes dont la croissance a avorté”. Ce qui peut faire sens également avec la version de Walt Disney, puisque chacun des 7 caractères exprime finalement un obstacle à la croissance intérieure. Les nains, comme le rappelle également Bruno Bettelheim, “travaillent dans les profondeurs de la terre”… c’est donc bel et bien de ressources intérieures dont il est question dans le conte. Les 7 nains sont des parties de nous-mêmes.

 

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