De nombreuses personnes hésitent avant de parler. Parfois, nous avons peur de nous exprimer spontanément et de prendre notre place dans les échanges humains, par crainte de paraître inintéressant. Cet article explore la peur de ne pas être intéressant. Vous y trouverez aussi un exercice pratique et des questions à se poser si cette peur vous concerne.
« J’ai peur de dire quelque chose de nul »
« J’ai peur qu’on me considère comme quelqu’un d’ennuyeux »
« J’ai beaucoup de mal à trouver des choses intéressantes à dire »
« Les autres sont plus intéressants que moi »
« Je suis quelqu’un d’inintéressant »
Vous avez déjà eu ce genre de pensée ? Alors, cet article est fait pour vous ! Je vais vous donner au moins cinq arguments qui devraient vous sensibiliser au fait que la sociabilité n’a pas grand chose à voir avec le fait d’avoir des choses intéressantes à dire.
Je vais vous faire une confidence qui date de mon adolescence…
Et rien de tel que de commencer par une confidence. Lorsque j’avais 17 ou 18 ans, je suis passé aux choses sérieuses : j’ai invité pour la première fois une fille à la maison. Donc, nous étions dans ma chambre, sur mon lit, et devinez ce que j’ai fait ! Eh bien, j’ai ouvert le journal à la page des activités culturelles 🙂 C’est véridique ! La fille m’a regardé comme un oiseau rare, une sorte de pélican des Bermudes. Moi, j’étais sûr que je devais partager des choses intéressantes pour créer cette relation. Le fait est que je n’ai pas eu droit à un deuxième rendez-vous :-/ Je vous renvoie à cette autre vidéo si vous désirez d’autres confidences sur mon passé timide.
Mais je ne suis pas le seul dans ce cas de figure. Quelqu’un de proche m’a confié que pour se préparer à sa première soirée entre étudiants, elle avait passé tout l’après-midi à étudier des ouvrages d’art classique et moderne. Si elle avait eu l’encyclopédie de la maçonnerie à portée de la main, elle l’aurait étudiée aussi parce qu’elle ressentait absolument le besoin d’avoir des choses intéressantes à dire. Le soir venu, tout s’est très bien passé. Les jeunes se sont retrouvés la nuit à boire un verre face à des canards devant un étang. Et vous vous doutez bien que l’encyclopédie est restée au placard 🙂
S’entêter à être systématiquement intéressant, c’est oppressant. A la lumière des deux anecdotes que je viens de vous raconter, vous avez bien compris que pour créer le lien social et augmenter votre capital sympathie, miser sur l’intellectuel n’est pas forcément la bonne approche.
Les gens qui veulent à tout prix être intéressants… sont oppressants !
Je connais dans mon entourage une ou deux personnes qui sont des encyclopédies vivantes et, franchement, on les fuit ! Imaginez une personne qui vous agrippe pour tenir ce genre de propos : « Ces batteries sont fabriquées en Corée du Sud, mais ce qu’il faut savoir c’est que c’est une société américaine qui détient le brevet. Elles contiennent deux fois moins de lithium, mais leur autonomie est certainement 30% supérieure. Ce qui me fait dire que… » Alors, moi, quand je vois arriver ce genre de personne, je vous avoue que je me dis : « Oh non, il ne va pas encore me prendre la tête pendant une heure avec tout ce qu’il a lu dans le journal ! ». Bien sûr, il n’est pas interdit de parler de technologie, de culture, de politique… ça peut donner lieu à des discussions passionnantes. Il y a des gens qui ont l’art de vous embarquer dans ce genre de discussion captivante, mais il ne le font pas pour se rendre intéressants. Ils le font par passion et avec un certain sens du partage, et non pas dans une intention un peu désespérée de passer pour quelqu’un de bien.
Ce que vous dites n’a pas tant d’importance !
Je ne sais pas si je vous l’ai dit, mais j’habite un petit village en Andalousie et, en quelques années, mon espagnol a bien progressé. Ceci dit, quand les gens parlent rapidement dans leur dialecte, ça m’arrive encore d’être dépassé. L’autre jour, j’étais en train de discuter avec un petit vieux du village, qui doit avoir quasiment 90 ans, et je vous avoue que j’étais complètement largué. Je ne comprenais pas un mot de ce que cet homme me disait. Il me parlait très gentiment comme à son propre fils, avec un grand sourire, des yeux pétillants. Je me sentais en connexion. Je me sentais bien. J’aurais pu l’écouter pendant des heures, alors que je ne comprenais absolument rien de son propos ! Cela vous dit quelque chose ce sentiment ? C’est un sentiment que vous pouvez avoir avec un bébé. Un bébé n’a pas de diplôme, il ne cherche pas à se rendre intéressant, mais il a beaucoup de présence. Il plonge dans vos yeux de manière parfois même perturbante pour une personne adulte. Et donc un bébé va pouvoir créer avec vous une très forte relation, une très forte rencontre, mais sans dire un mot ! Avec les animaux, c’est pareil. Un chien, un chat, un cheval,… si vous avez un animal, vous savez à quel point la relation à l’animal peut être forte. Un chien ne fait pas de littérature, mais il est extrêmement sociable en réalité.
Mais revenons aux humains, on va faire un petit exercice. Je vais vous demander de remonter dans vos souvenirs et de vous remémorer un moment où vous vous êtes senti bien, un moment en compagnie d’autres personnes où vous vous êtes senti bien vraiment bien, un moment où vous vous sentiez connecté·e. C’est OK pour vous ?
Vous avez un souvenir qui vous vient ? Alors, maintenant, demandez-vous : est-ce qu’il s’agit d’un moment où vous étiez en train de dire des choses que vous considérez comme très intéressantes ? Ou bien s’agit-il d’un moment plus simple, différent ?
En réalité, ce que nous disons n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui compte, c’est l’atmosphère, l’énergie. Est-ce que vous êtes dans la joie, dans l’amour ou est-ce que vous êtes dans la peur ? Et que se passe-t-il lorsque vous êtes dans la peur de ne pas être intéressant ? Eh bien, vous faites probablement tout le contraire de ce qu’il faudrait. Vous êtes focalisé sur l’effet que vous désirez produire et donc vous perdez de la présence, vous n’êtes plus dans le flux, vous n’êtes plus avec l’autre, vous décrochez, vous êtes dans la peur, dans le calcul… et tout cela ne va pas vous aider à créer une belle relation. Est-ce que vous êtes d’accord avec moi ?
Intéressez-vous davantage à l’autre !
Au lieu de vouloir absolument briller et dire des choses intéressantes, faites donc parler l’autre. Tendez-lui le micro ! Posez des questions ! Les gens adorent qu’on s’intéresse à eux. En apprenant à poser des questions et à offrir une écoute active, vous serez probablement quelqu’un qu’on apprécie. En coaching, lorsque je me retrouve face à des personnes qui ressentent cette peur de n’avoir rien à dire, je les challenge avec un exercice. Et vous allez peut-être pouvoir faire vous-même cet exercice, si, vous aussi, vous ressentez ce manque d’inspiration lorsqu’il s’agit de parler à vos collègues de travail, à vos voisins quand vous les croisez dans la rue, etc.
L’exercice est très simple : vous allez devoir obtenir un maximum d’informations à propos de différentes personnes. Chaque jour, vous devez au moins poser une question à une personne et vous allez noter les informations qu’on vous donne. Par exemple, vous aurez appris que votre collègue Roger est parti en vacances en Ardèche parce qu’il a, là-bas, une caravane résidence du côté de Vallon-Pont-d’Arc. C’est juste un exemple. Chaque fois que vous récoltez une information à propos d’une personne, vous la notez dans un petit carnet et vous marquez un point. Essayez donc de marquer au moins 10 points sur la semaine !
Cet exercice est extrêmement efficace pour les personnes timides parce que, d’abord, il vous oblige à vous décentrer, à arrêter d’être le nombril du monde, à vous intéresser à l’autre, ensuite parce que toutes les informations que vous aurez collectées vont vous aider énormément à être plus spontané·e lorsqu’il s’agira d’adresser la parole par la suite aux personnes concernées. Par exemple, vous pourrez dire à Roger : « Au fait, ta caravane, tu la loues ? »
J’effectue actuellement un coaching avec Aurore, une personne d’une cinquantaine d’années qui m’a partagé cette difficulté à être spontanée, particulièrement au travail devant la machine à café, dans l’ascenseur, dans toutes ces interactions informelles que vous pouvez avoir avec les collègues de travail. Je lui ai alors demandé si elle connaissait une ou deux personnes, à son travail, qu’elle trouve spontanées, qui ont l’art de parler facilement, de bien prendre leur place dans les groupes de discussion. Aurore me fait signe que oui, elle voit bien une ou deux personnes comme ça, spontanées. Alors je lui demande : « Ces personnes que vous considérez comme efficaces dans la prise de parole et qui ont une belle présence au travail, est-ce que ce sont des personnes qui disent des choses très intéressantes, qui apportent des informations précieuses ? Aurore se met à sourire en me disant : « Ah oui, je vois où vous voulez en venir. Ben non, bien sûr, ce sont des gens qui disent des choses très simples. C’est moi qui me mets la pression pour dire des trucs intelligents. Je pense que ça vient de mon éducation. Ma mère nous mettait toujours en garde sur la nécessité de faire bonne impression. »
Cultivez l’art de parler de la pluie et du beau temps !
Aurore a compris que pour être à l’aise avec ses collègues, ce dont elle a besoin, ce n’est pas de l’expertise. Elle a déjà beaucoup d’expertise. Ce dont elle a vraiment besoin, c’est d’être capable de parler de la pluie et du beau temps, et surtout d’arrêter de considérer que si elle dit quelque chose de simple, elle va passer pour nulle. Parler de la pluie et du beau temps n’a rien de ridicule. Au contraire, c’est un art précieux qui va vous valoir d’augmenter votre capital sympathie. Le problème vient parfois de notre éducation, qui peut nous freiner dans notre spontanéité. C’est sûr que si vous avez eu un parent qui vous a dit, à répétition « On ne parle pas devant le monsieur ! »… ou si un professeur vous a humilié un jour devant la classe : « Si c’est pour dire des âneries pareilles, tu peux ranger ta langue en poche ! »… c’est sûr que si vous avez vécu ce genre d’expérience marquante étant enfant, devenu adulte, vous risquez de rencontrer quelques problèmes de spontanéité. Mais, en coaching, tout ceci se corrige. A partir du moment où vous prenez conscience du problème, vous pouvez le corriger !
Ne confondez pas intelligence intellectuelle et intelligence émotionnelle !
Une erreur que nous faisons fréquemment, c’est de penser que ce sont nos performances intellectuelles qui vont faire que nous serons appréciés. C’est une distorsion qui nous vient du collège. Arrêtons de survaloriser l’intelligence intellectuelle et donnons place à l’intelligence émotionnelle et relationnelle !
Daniel Goldman est psychologue, auteur d’un best-seller intitulé précisément « L’intelligence émotionnelle ». Ce livre existe en deux tomes, dont le premier est consacré à la psychologie en général et le second est dédié aux relations professionnelles, donc à la carrière professionnelle. Daniel Goldman, en s’appuyant sur de nombreux faits et des études scientifiques, démontre que l’intelligence émotionnelle et relationnelle est beaucoup plus efficace que l’intelligence cartésienne ou rationnelle lorsqu’il s’agit de nous faire des amis, mais aussi d’évoluer favorablement dans notre carrière professionnelle. Dans une discussion informelle autour de la machine à café, vous ne perdez pas votre temps. Seule une vision incomplète des rapports entre les êtres humains pourrait vous faire penser cela. Et lorsque vous croisez votre voisin dans la rue, vous n’êtes pas en conférence ! Valorisez donc votre capacité à dire des choses simples.
Souvenez-vous aussi que la parole est d’argent, mais le silence est d’or. C’est une belle capacité que de pouvoir laisser place au silence. Nous ne sommes pas obligés de meubler en permanence l’espace de nos réflexions.
Quelques questions pour mieux se connaître
Alors peut-être que cette vidéo aura déjà permis de vous alléger, de diminuer un peu cette pression que vous vous mettez à devoir dire absolument des choses intéressantes. Vous m’en verrez alors ravi. Peut-être que vous aurez besoin d’un petit peu plus de temps, d’un travail un peu plus consistant. C’est vrai que nos schémas de pensée nous viennent parfois de loin et il est parfois nécessaire de consacrer un peu de temps et de détermination pour les désactiver. Bien sûr, vous pouvez toujours venir me voir en coaching si vous désirez accélérer votre transformation ou peut-être déjà commencer à vous poser les questions suivantes. Je vais les lire, elles sont sous mes yeux :
« Depuis quand est-ce que je ressens ce sentiment de ne pas être intéressant ou intéressant ? »
« Que m’ont dit mes éducateurs ? Qu’est-ce que mes parents, mes professeurs ou d’autres personnes autour de moi, quand j’étais enfant ou adolescent, m’ont dit à propos de la nécessité de contrôler la qualité de mes paroles ? Ont-ils mis des conditions à ma parole ? Ont-ils valorisé un certain type d’expression plutôt qu’un autre ? »
« Est-ce que j’ai vécu des prises de parole traumatisantes ? Est-ce qu’on s’est déjà moqué de moi ? Ou, simplement, est-ce que je me suis déjà senti honteux ou honteuse suite à une prise de parole ? »
« Et, aujourd’hui, en tant qu’adulte, quelles sont les situations qui me bloquent le plus ? Est-ce que c’est plutôt dans un contexte professionnel que je me mets la pression ? Est-ce que j’ai du mal à me faire des amis ? Est-ce que j’ai du mal à m’amuser ? »
Posez-vous déjà toutes ces questions et ça vous fera déjà bien avancer. Merci d’avoir écouté cette vidéo jusqu’au bout. J’espère que j’ai été… intéressant 🙂 Si vous avez des questions, des réactions, des précisions, postez-moi un commentaire et n’hésitez pas à écrire un truc tout simple… allez, tenez, par exemple, dites-moi quel temps fait-il actuellement dans votre région… vous m’aurez ainsi prouvé que vous êtes capable d’écrire ou de dire quelque chose de tout simple, simplement pour entrer en relation. Merci pour votre attention à très bientôt !

Le kit de survie du timide





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